Un bon voyageur ne doit pas se produire, s’affirmer, s’expliquer, mais se taire, écouter et comprendre.
Paul Morand
Je suis arrivée en sol africain à 4:30 du matin. Il était tôt et faisait encore nuit. Je suis débarquée de l’avion par les petites marches qui menaient au sol et d’où nous devions marcher jusqu’aux portes menant à l’immigration. Une forte humidité régnait dans l’air et l’odeur qui s’y rattachait était délectable pour une québécoise qui venait de quitter le froid hivernal de son pays. Personne, ou presque, n’avait de visa. J’ai donc fait la file, pratiquement la dernière, mis-à-part quatre autres personnes, derrière une foulée de quinquagénaire qui était pressée de se faire étamper et me dépassait en prenant soin de m’ignorer. Je les ai laissé passer. Heureuse d’être finalement arrivée. Quoiqu’un peu inquiète que ma propriétaire du AirBnb que j’avais loué (qui avait tenue à venir me chercher pour ma sécurité) m’attende trop longtemps. J’espérais n’avoir aucun problème aux douanes…
Est finalement arrivé mon tour, une bonne demi-heure plus tard. Je devais avoir l’air fatiguée, ayant quitté Montréal deux jours avant et passé une journée entière en compagnie de Christian à Frankfurt (un ami rencontré en Colombie en Novembre 2016) qui s’est fait un plaisir de me faire visiter la ville et les marchés et me faire déguster de délicieux vins de cépages voisins. Je n’avais pas dormi depuis 24 heures (mis-à-part quelques minutes ici et là dans mes vols, le cou cassé, le corps plié et, disons-le, toute pognée). L’africain aux douanes m’a souri et demandé combien de temps je restais. Je lui ai répondu gentiment que je n’en avais aucune idée “Maybe forever” que je lui ai répondu en souriant. Il a ri puis m’a étampé le petit papier que je venais de remplir en me signalant que je devais me rendre au prochain poste ou m’attendais deux hommes d’un air sévère. Ils m’ont demandé ce que je venais faire ici. Je leur ai répondu que je venais y vivre une parcelle de vie, parce que nous n’en avons qu’une seule à vivre et que je ne savais pas quand je partirais. J’avais plusieurs mois de congé. L’un a esquivé un sourire et le plus sérieux a pris mon passeport. Il a tenté de prononcer mon nom. Je me suis mise à rire, et puis les deux se sont mis à rire. Impossible à prononcer Geneviève pour un africain !! Ça a détendu l’atmosphère. Ils ont pris mes empreintes. Des deux mains (je n’ai jamais eu à faire telle chose dans tous les pays que j’ai visité – Ça devait être en cas qu’ils retrouvent mon corps quelque part que je me suis dit lol). Ils m’ont remis mon passeport en me disant “You will probably stay..” et ont tenté une seconde fois de prononcer mon nom, sans y parvenir. On a tous les trois ris et je suis partie chercher mon backpack déjà déposé près des seuls autres qui restaient.
J’aimais déjà l’Afrique.
Consolata m’attendait dans le noir du stationnement de l’aéroport. Une femme merveilleuse, forte, souriante, avec une indéniable autorité. Les quinquagénaires qui avaient pris soin de me dépasser attendaient toujours leur départ dans leur bus. J’ai souri, en espérant qu’ils se rendent compte qu’il ne sert à rien de se dépêcher. Je me suis dirigée vers le côté passager du véhicule à Consolata pour me rendre compte qu’ici ils conduisaient comme en Angleterre. Elle s’est mise à rire en me disant “Other side please“. Nous avons roulé jusqu’à Arusha dans le noir total. Elle travaillait à Moshi, une ville au pied du Kilimandjaro, à 45 minutes voire 1 heure de Arusha. Et comme j’arrivais à 4 heures du matin et qu’elle s’inquiétait pour moi (nous nous étions parlé par l’entremise du site dans les jours qui avaient précédés mon arrivée), elle s’était levée excessivement tôt, était venue me chercher pour me porter à Arusha puis repartait vers Moshi puisqu’elle commençait sa journée à 8am. Je n’en revenais pas. Je me sentais presque mal.
Nous sommes arrivées à son appartement près de 40 minutes plus tard. Le soleil ne s’était pas encore levé. Incapable d’ouvrir la porte de l’un de ses appartements (qui devait être le mien durant mon voyage), j’étais prête à m’écrouler dans le corridor en la voyant se décourager. Fatiguée morte, je me serais endormie, allongée de tout mon long sur le planché de marbre, accotée sur mon backpack. Elle s’est finalement retournée pour ouvrir la porte de l’appartement d’en face. Elle s’est poliment excusée, me disant qu’aucun lit n’était fait dans celui-ci mais qu’elle contacterait sa femme de ménage pour que celle-ci vienne le plus tôt possible m’ouvrir de l’autre côté. Elle devait repartir pour son travail et vite. Elle semblait mal à l’aise de cet inconvénient. Probablement qu’elle s’attendait à ce que je m’en plaigne. Je lui ai souri, ai pointé le divan et pris soin de lui dire que je dormais comme une bûche et que sa femme de ménage devra probablement faire preuve d’originalité pour me réveiller. Elle a ri. J’ai gonflé mon oreiller acheter à la MEC (et maintenant indispensable – merci Marilo!!!!) et je me suis étalée de tout mon long dans le divan du salon.
Il faisait jour quand j’ai ouvert les yeux. Je n’ai pas tout de suite réalisé que la femme de ménage se tenait au bout du divan où je m’étais endormie. Elle me regardait, mal à l’aise. Je ne sais pas combien de temps ça lui a pris à me faire ouvrir les yeux et je ne le saurai jamais; elle ne parle pas anglais. Je lui ai fait signe que tout était beau, prête à me rendormir, mais je la sentais là, tout près. Elle m’a retouché le pied. OK. Elle voulait que je me lève. Je me suis donc levée (en oubliant mon oreiller gonflé), j’ai pris mon lourd backpack et mon petit, plus léger, et je l’ai suivi dans l’autre appartement. Dès qu’elle m’a présenté ma vraie chambre, je l’ai remercié d’un sourire et me suis écroulée, encore toute habillée. Il devait être 8am.
Je me suis réveillée vers 3pm à l’heure locale, encore fatiguée, les yeux collés. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas passer ma première journée à ne rien faire. Je me suis donc vite rafraîchie, préparée et j’ai quitté l’appartement pour vagabonder dans les rues de la première ville d’Afrique que je visitais à vie.
Arusha est une ville effervescente, donnant l’impression d’être très petite par endroits (d’où j’étais). La plupart des rues sont pavées. Et bondées. Il y a des round-abouts, ici et là, vraiment mêlant. Parce que ces carrefours giratoires, ils sont deux et trois collés! Pourquoi? On sait pas. C’est fait comme ça. J’ai longé la rue qui menait au centre de la ville touristique, affamée et ayant une idée du restaurant que je voulais essayer d’après le Lonely Planet (acheté à Frankfurt en passant, parce que j’ai pris soin d’oublier le mien sur ma table de chevet à Montréal – on est pas surpris!). Le trajet prenait environ 10 minutes. Rajoutez 20 minutes à me faire aborder par des africains qui vendent leur safari et/ou tour guidé, ça bien dû me prendre une bonne demi-heure à me rendre au café. J’ai vite compris qu’ici, il me serait difficile de marcher sans être accostée. J’ai rencontré en chemin, entres autres, un masaï dont je ne me souviens plus du nom, qui m’a dirigé vers le café que je tentais de rejoindre, en m’expliquant la ville. Très gentil. Mais… la gentillesse ici à un prix. Il est venu me porter à la porte du café, j’ai gentiment refusé de lui payer quoi que ce soit et me suis attablée à côté d’un ventilateur. Il faisait chaud à Arusha. J’étais déjà en sueur. J’ai mangé un plat typique africain – une bouillie de légumes délicieuse et de bœuf (un peu mastiqueux!). Je m’y suis prélassée un peu en regardant les gens passés puis suis sortie avec l’idée de visiter le musée de la ville. À peine sur le trottoir, j’entends un “hello!” derrière moi. Je me retourne et aperçoit un grand anglais, mince et blond, tout sourire. J’étais vraiment contente de me faire aborder par un mzungu (blanc/touriste pour les africains). Nous avons jasé de tout et de rien en marchant dans la même direction. Là où il dansait la zumba tous les mercredis se trouvait le musée que je voulais visiter. Il me dit qu’il y a un restaurant-bar à côté du musée (et où ils dansent), alors je lui promets de m’y rendre après ma visite. J’ai donc fait la connaissance de Tim, quelques heures après mon arrivée. Il deviendra important dans mon parcours ici. Everything happens for a reason they say…
Le musée était très intéressant, bien qu’étrangement, toutes les photos prisent étaient du même photographe! De 1997 à 2010, ce gars-là a vendu beaucoup de photos. Pour moi il connaissait quelqu’un d’important à Arusha, parce que le musée (ainsi que plusieurs autres bâtisses de la ville) n’a des photos que provenant de lui !! Bref, après avoir parcouru les allées du tout petit musée (avec 50 photos de Dick Persson) et avoir appris sur les bed bugs (haha!), les maringouins qui donnent la fièvre jaune, Lucy notre ancêtre et une panoplie d’autres parcelles de l’histoire africaine, je me suis dirigée vers le restaurant d’où je pouvais voir quelques mzungu (dont Tim) et des africains danser la zumba. En tentant d’apprivoiser un chaton dans les parages, je me suis liée d’amitié avec Ricky, un africain qui travaille au restaurant, beau comme tout et sympathique, qui m’a offert de regarder le match de football qui jouait à la télévision avec ses amis. Je me suis donc assise avec 4 africains rivés sur l’écran où l’on pouvait voir qu’une équipe gagnait contre l’autre. Ne voulant vexer personne, je souriais quand ils étaient heureux d’une passe. J’ai vite compris que l’équipe en jaune était leur favorite. Nous avons jasé, ris de mon accent indéchiffrable et bu de la – ma foi – délicieuse bière locale. Et tout comme la zumba finissait, je ne me pouvais plus, baillant au corneille, j’ai salué Tim et ses amies et suis partie me coucher. À 7pm….

