No matter how few possessions you own or how little money you have, loving wildlife and nature will make you rich beyond measure.
Unknown
La première section du parc du Serengeti que nous avons parcourue, immédiatement après avoir franchi les portes, fut la plus luxuriante. Les arbres et arbustes se multipliaient côte à côte, les tons de verts s’harmonisaient chromatiquement. De petits ruisseaux se frayaient un chemin dans l’herbe. Des éléphants d’Afrique y buvaient tranquillement, certains s’arrosaient. On pouvait pratiquement les toucher tellement nous étions proches. J’avais déjà vu des éléphants auparavant (d’Asie seulement et donc de plus petite taille) mais il y a quelque chose de prenant dans le fait d’en voir qui soit entièrement libres, dans leur habitat. Quand ils te regardent, tu te sens privilégiée. Ils sont là, tout près, immenses et intriguant avec leurs défenses d’ivoire imposantes. Ils marchent lentement, te jettent un coup d’œil de temps en temps, traversent le petit chemin de terre devant ou derrière ton véhicule. Des zèbres courent ici et là, broutent l’herbe et haussent la tête quand tu passes tout près, curieux. Les wildebeests (en migration lors de notre visite) regroupés par centaines, restaient évachés tout en nous regardant tranquillement passer.
La proximité de toute cette vie, le calme qui y règne et leur totale liberté sont ce qui m’a le plus émue je crois. Ce n’était pas eux qui se trouvaient à notre portée, cloîtrés pour notre propre plaisir visuel (égoïste), c’était nous qui étions étrangers dans leur propre milieu.
En continuant sur le chemin de terre (et de boue) qui s’engouffrait en profondeur dans le parc qui s’étend sur près de 15 000 km2, une plaine à perte de vue s’est étirée devant nous. Au beau milieu, en solitaire, se tenait un Acacia. Ces arbres feuillus et plats, magnifiques, qui se retrouvent partout dans la région du Serengeti et du cratère de Ngorongoro. Des rayons de soleil transperçaient parfois les nuages pour venir éclairer le décor au loin. Une girafe se promenait lentement.
Jusqu’à maintenant, seule la mer m’a toujours donné un sentiment de liberté, de calme et de petitesse qui ne s’explique pas vraiment mais se vit devant un tel horizon. Quand je me suis retrouvée devant les paysages du Serengeti qui s’étendent également à perte de vue, ce sentiment est revenu. On se sent tout petit, fragile, libre. C’est difficile à expliquer comme sensation, mais si les grands espaces vous donnent également ce genre de frisson, vous serez gâté!
Notre guide, Ahmed, trouvait (la plupart du temps) le moyen de nous faire découvrir la faune en solitaire avant qu’une horde de véhicules ne se manifeste. Puisque, bien qu’il serait idéal de toujours pouvoir parcourir de tels paysages seuls, évidemment, les guides se parlent entres eux à l’aide d’une radio et lorsque l’un deux trouvent un animal (particulièrement s’il s’agit d’un qui compose le Big Five) ils se passent le mot. C’est normal. Il ne se font aucune compétition et prennent probablement même une bière ensemble à la fin de leurs expéditions!
Le fameux Big Five… Je crois que toute personne qui se prépare à faire un safari cherche absolument à voir le Big Five. Pour certains même, c’est la seule chose qui les intéressent. Il se compose de ces cinq animaux : L’éléphant d’Afrique, le Cape Buffalo (réputé pour être le plus dangereux et responsable de plus de morts que n’importe quel autre animal), le léopard, le lion et le rhinocéros.
La chance nous a souri (sur plusieurs points durant notre visite d’ailleurs!), parce que nous avons eu le privilège de tous les voir.
Raconter en détail tous les émerveillements que j’ai ressenti à faire ce safari prendrait beaucoup de temps. Je me suis donc demandé comment je pourrais relater les points les plus importants sans toutefois écrire un roman (j’ai tendance à me perdre au fil de mes descriptions lol) Alors en voici quelques-uns, sous forme de liste 😊
Les Lions
Peu de temps après notre arrivée, nous avons aperçu quelques lionnes accompagnées de leurs lionceaux, ce qui est particulièrement rare d’après Ahmed parce que celles-ci prennent soin de cacher leurs petits plusieurs mois après leur naissance afin de les protéger des prédateurs et… des lions eux-mêmes.
Notre dernier matin au sein du parc, à l’ombre d’un petit arbre (seul de son espèce dans les parages), nous sommes tombés sur quatre lions faisant la sieste. Notre 4×4 s’est arrêté à moins de 5 pieds d’eux. S’ils avaient voulu, ils auraient pu volontiers se lever et nous lancer un coup de griffe. Mais ils demeuraient presque complètement immobiles, évachés, endormis à l’ombre de cet arbre. Penchés sur le rebord du toit du véhicule, voulant à tout prix se rapprocher le plus possible, nous étions tous les quatre fascinés. Et pour une fois, tout le monde était silencieux, comme si personne n’osait déranger leur sommeil. À quelques reprises, lorsque son confort était menacé par les rayons de soleil, l’un deux se levait, faisait trois pas et se laissait retomber au sol. J’aurais pu les regarder dormir des heures durant…
Les Hippopotames
Croisé plusieurs fois durant notre séjour chaque fois que nous passions près d’un cours d’eau et/ou d’un étang, ces énormes bêtes aux airs sympathiques m’ont fait rire. Regroupés parfois par vingtaine, les uns collés sur les autres, ils peuvent demeurer immobiles très longtemps. Ils levaient parfois leur tête pour nous observer, d’autres ouvraient grand leur gueule en laissant échapper un cri qui résonnait au loin.
J’ai été surprise d’apprendre que les hippopotames sont en réalité responsables de beaucoup plus de morts que les lions eux-mêmes. Principalement dû au fait qu’ils ont tendance à quitter leur cour d’eau pour y revenir au coucher du soleil et que certaines personnes, inconscientes du danger, montent leur tente en bordure d’étang sans penser que celui-ci appartient peut-être à un hippopotame. S’il revient au bercail en y trouvant un intrus sur son chemin, il lui foncera dessus. On ne sort pas non plus du véhicule pour les prendre en photos! C’est surprenant, mais, ça court vite un hippopotame. La dernière femme à avoir trouvé la mort par l’un d’eux remonte déjà à 5 ans si je me souviens bien…
Le Léopard
Nous avons eu la chance de voir un léopard. J’ai croisé bien des gens par la suite qui avait fait un safari sans toutefois en voir un, alors nous avons été bien chanceux. C’était une femelle, superbe, élancée, qui longeait un fossé en y disparaissant de temps en temps. Nous avons cru la perdre plusieurs fois, mais chaque fois elle ressortait et continuait tranquillement son chemin.
Les Éléphants
Nous en avons croisé beaucoup. Immenses, prestigieux, impressionnants. J’ai particulièrement affectionné le moment où deux jeunes jouaient ensembles et se chamaillaient. Quand leurs défenses d’ivoire s’entrechoquaient ensemble, le coup se répartissait dans toute la plaine. Ils se grognaient l’un après l’autre, battaient des oreilles et se poussaient. C’était beau à voir. Avec les zèbres qui broutaient l’herbe au loin derrière eux et le ciel de fin de journée qui s’assombrissait, j’ai trouvé ce moment magnifique.
Les Girafes
Nombreuses, elles sont impressionnantes de leur hauteur. Curieuses, elles nous observaient souvent en mâchant leurs feuilles, le regard intéressé. Elles se cassaient même parfois le cou pour nous regarder! Celles aperçues seules au milieu de plaines à perte de vue au soleil couchant ont été mes préférées. Elles me laissent un souvenir imprenable sur la beauté de ce monde.
Les Oiseaux
Bon. Bien que je sois la seule à m’être excitée des oiseaux et qu’en temps normal je ne les affectionne pas particulièrement, ils étaient si différents des nôtres et certain de tous ceux que j’avais vu, qu’ils se doivent de faire partie de ma liste. Certains étaient immenses! Presqu’aussi grands que nous du haut de leurs pattes, le bec protubérant, l’air sauvage. D’autres étaient tout petits et magnifiquement colorés.
Sans compter les grands aigles, avec une vision de feu, dont l’un s’est précipité du ciel sur notre lunch un midi. Certains d’entre nous avaient laissé leur boîte contenant des cuisses de poulet ouverte durant une simple conversation. Ils étaient haut, très haut même et nous, nous étions juste à côté de ces boîtes. En l’espace de quelques secondes l’un d’eux a foncé à toute vitesse sur la (minuscule) boîte en apportant une cuisse de poulet avec lui. Parce qu’il n’a pas manqué son objectif, du haut de son ciel. Nous, nous ne les avions même pas remarqués. Ahmed s’est empressé de fermer nos boîtes et de nous prier de ne rien laisser à l’air libre. Ça donne une bonne idée du danger qui guette toutes les petites bêtes qui se promènent au sol…
Les Gazelles/Antilopes
Je les ai bien aimés les gazelles et les antilopes. Elles sautent haut, font des acrobaties, courent vite mais demeurent curieuses elles aussi. Quand nous avons quitté notre site très tôt en pleine faune un matin, un petit groupe se tenait parmi les arbres. Lorsque nous nous sommes approchés, certaines d’entres elles se sont rapidement sauvées, mais d’autres sont demeurées tout près. L’une d’entres elles était aveugle d’un œil.
M’endormir au rythme des lions
Les Guépards
Gardant le meilleur pour la fin, notre moment avec les guépards est sans équivoque le plus impressionnant de tous. Pour celui-ci, je me dois de le raconter du début jusqu’à la fin.
Nous sommes arrivés, en milieu d’après-midi, près de deux guépards mâles allongés dans l’une des très rares touffes d’herbes hautes dans les parages. Malheureusement, ils recherchaient tellement l’ombre disponible dans ces herbes que seulement l’un d’eux se pointait le bout du museau de temps à autre. Après une bonne quinzaine de minutes, un seul a fini par bouger pour venir s’étendre de notre côté au soleil. La gueule à demie ouverte, les dents à découvert, la langue pendante, il avait chaud ça se voyait. À ce moment-là, au moins cinq autres voitures avaient forcé leur chemin jusqu’à eux. Puis, soudainement, l’improbable s’est produit. Celui étendu au soleil se lève tranquillement et se dirige vers nous. Avant qu’aucun de nous ait le temps de se rendre compte de ce qui se passe, il saute sur le capot de notre véhicule. Sam, Karina et Stani étouffent un cri de surprise et se croulent au fond du véhicule. Ahmed, qui a probablement peur que l’eux de nous se mette à crier ne cesse de répéter « No problem, no problem. He just wants shade. No problem, stay calm. »
Moi je suis encore debout avec ma caméra, la bouche grande ouverte et les yeux probablement écarquillés. J’ai appris un peu trop tard qu’on ne doit pas regarder un guépard dans les yeux. Comme les léopards et contrairement aux lions (que l’on doit regarder dans les yeux en signe d’autorité), eux le prennent comme un défi ou une attaque. Bon, une chance que celui-là était soit particulièrement gentil soit parfaitement conscient de mon émerveillement parce qu’on s’est regardé dans les yeux souvent lui et moi alors qu’il se prélassait à l’ombre de notre toit. Les minutes passaient, il demeurait là, étendu de tout son long. De temps en temps il bougeait un peu, se réinstallait. Puis soudain, il s’assoit sur le capot. L’on pouvait voir au loin à travers les véhicules, une jeune antilope (de pas plus de 2 ans selon Ahmed) qui se promenait complètement seule dans la plaine, ne réalisant pas le danger qui la guettait du haut de notre véhicule. Ça n’a pas pris beaucoup de temps avant que notre guépard, ainsi que l’autre demeuré d’abord dans l’herbe, se lancent sur l’antilope qui n’avait plus aucune chance. À la seconde où notre guépard est descendu du 4×4 pour se lancer à sa poursuite, notre guide a mis le contact et comme tous les autres présents, nous nous sommes précipités hors-piste pour les suivre. En réalité, aucun véhicule n’est autorisé à quitter les sentiers battus dans le parc, sous peine de sanction. Mais sous l’impulsion du moment, les chauffeurs, tous sur l’adrénaline de voir quelque chose d’aussi phénoménal (qui, nous avons appris plus tard, peut ne même pas arriver une seule fois dans la vie d’un guide qui aura fait plus d’un millier de visites) ils se sont tous foutus des règles au grand plaisir de leurs passagers. S’en est suivie une course, ma foi, digne d’un National Geographic. Les deux guépards ont respecté d’abord une certaine distance avec l’antilope qui a cessé de courir et s’est retournée. Les trois formaient une pyramide : la jeune antilope, seule au sommet d’une petite colline, les deux guépards à la base, chacun de leur côté. Les deux faisaient quelques pas puis se baissait dans l’herbe, faisait quelques pas puis se rebaissaient. Ils ont fait ce manège quelques fois avant que l’antilope ne se remette à courir et que les deux partent en chasse après elle. Quelques secondes plus tard, ils atteignaient leur proie et la jetaient par terre. L’un des guépards l’a agrippé au cou pour la suffoquer tandis que l’autre la changeait de place en tentant de lui déchirer la chair du flanc alors qu’elle respirait encore. J’ai filmé le tout et le résultat est assez spectaculaire, mais… malheureusement c’est plutôt très shaky disons! Je tenterai de l’éditer une fois rentrée.
Pour la toute première fois de ma vie, plutôt que de me dire « Ah mon dieu pauvre petite bête! » j’ai sincèrement admiré la nature dans sa forme la plus primaire. Je n’étais pas assise dans mon salon, devant l’écran de télévision. La voix de David Attenborough ne narrait rien. Ça venait de se produire sous nos yeux. Live. Et ce que nous venions de vivre relatait, selon Ahmed, d’un moment excessivement rare. Nous avons d’ailleurs appris plus tard que les guépards se font de moins en moins nombreux puisqu’ils ont de la difficulté à trouver et chasser des proies de cette taille, qu’ils perdent souvent au profit de lions ou d’hyènes.
Nous avons quitté les deux guépards et leur proie peu de temps après, voulant les laisser manger en paix. Ahmed était fou comme d’la marde. Nous nous sommes arrêtés à l’ombre d’un arbre, parmi les zèbres. Nous sommes tous sortis du véhicule. Ahmed était beau à voir. Il en avait les larmes aux yeux. Nous réalisions que nous avions été chanceux, mais je crois que lui seul savait à quel point. L’excitement qui se lisait sur son visage était touchant. Les filles avaient une bouteille de champagne qu’elles voulaient garder pour notre dernier soir, mais elles l’ont popper sur-le-champ. Nous l’avons bu (mis à part notre guide, biensûr) au beau milieu de nulle part, à l’ombre d’un arbre, entourés de zèbres qui nous jetaient des regards et levaient la tête, curieux, en entendant crier de joie. Un véhicule a passé tout près, puis un autre et tour à tour, ils nous ont demandé nos adresses courriels en nous promettant de nous envoyer des photos.
En voici une envoyée, alors que nous venions de voir ce qu’il regardait (l’antilope) avant de se lancer à sa poursuite…

