Stone Town & Zanzibar
Après une course folle à notre sortie du cratère de Ngorongoro (nous étions en retard puisque tous les quatre avions un vol à prendre et je devais, en plus, rejoindre Tim à Arusha et lui remettre ses précieuses jumelles et ses livres empruntés) nous sommes tous arrivés à temps pour notre vol, au grand soulagement de Ahmed. Moins de 10 minutes après avoir franchi les douanes, nous avons décollés pour les plages.
Karina, Stani et moi sommes donc arrivées sur l’île de Zanzibar alors que le soleil se couchait d’un côté de l’océan. L’air était beaucoup plus humide ici et l’odeur était différente; ça sentait la mer, le sel et une petite brise constante et agréable régnait dans l’air. Nous nous sommes séparées; les deux se dirigeaient vers le nord de l’île alors que moi c’était Stone Town qui m’attendait. Après avoir promis de me rendre à Amsterdam pour y célébrer King’s Day avec elles, j’ai tenté de négocier un taxi. En vain. Le prix était fixe : $10 US pour 5 minutes de trajet…
La noirceur était pleinement tombée lorsque nous sommes arrivés, quelques minutes plus tard, au cœur du centre touristique de la ville. Ce centre, où la majorité des mzungus prolifère devant de petites boutiques et des restaurants, se situe d’un seul côté de la ville, celui longeant la mer et le port où le ferry en dépose une bonne partie. Ici, la majorité des touristes n’ont pas exploré le main land. Zanzibar est pour les Européens ce que Cuba ou le Mexique est pour les Nord Américains. Ils viennent séjourner sur l’île avec l’idée en tête d’y faire de la plonger ou du kite surfing, de se prélasser au soleil sur une plage et d’y laisser passer le temps, tout simplement. Certains ont fait ou feront un safari, mais la plupart n’auront vu que cette île.

Le reste de Stone Town est un véritable labyrinthe de ruelles connexes qui se rencontrent. Ces ruelles tournent, dérivent, se divisent, parfois en deux, trois et même quatre sections. L’architecture rappelle une distante colonisation européenne. Les immeubles, colorés, ont maintes traces laissées par le temps et tissées par les saisons de pluie sur leurs parois. Plusieurs ont conservé leurs volets, endommagés, peints de différentes couleurs. Ici et là une ligne de vêtements repose au soleil, accrochée aux fenêtres. Des fils électriques, qu’on jurerait pêlemêles, pendent au-dessus de nos têtes et se rejoignent entres immeubles, raccordés en boucle et épinglés aux murs. Des enfants jouent dans la ruelle avec de petites boîtes de carton sur lesquelles ils ont installé de petites roues et accroché une corde : ils font des courses. Leurs rires résonnent souvent à travers ce labyrinthe sans qu’on ne les voient. Les ruelles sont étroites et une panoplie de cubes carrés en ciment fonts lieu de petites boutiques qui s’étalent les unes à la suite des autres. Certains y vendent de la nourriture, des instruments de cuisine, des meubles. D’autres, de petits accessoires indispensables à leur quotidien.
Mon tout premier soir, je n’ai encore rien vu de tout cela alors que mon chauffeur me dépose près de mon hôtel et, bien que je sache que la ville comporte des ruelles, je ne m’attendais pas à ce que tout bourdonne autour d’elles. Nous nous sommes arrêtés d’un côté de la rue, sous un immense arbre, face à un hôtel qui n’était pas le mien (beaucoup trop chic et dispendieux). Confuse, je demande au chauffeur si nous sommes bien arrivés.
Il me dit « Yes… I will show you. »
Puis une fois sortie, il me pointe une petite ruelle mal éclairée et me dit :
« Your hotel is there to the right. »
J’ai dû faire un drôle d’air puisqu’il a tout de suite rajouté « Not far, just… I cannot drive there. »
J’ai donc pris mes deux backpacks et me suis dirigée vers la petite allée, dans l’espoir que le reste de la ruelle en tournant à droite, allait être mieux éclairé. Arrivée à l’intersection, l’on pouvait lire sur un écriteau : Al Minar Hotel avec une flèche vers la droite. Un peu plus loin, on voyait des marches donnant sur une porte entre-ouverte sous un faible éclairage. J’ai marché jusqu’à la porte pour me faire immédiatement accueillir par un homme souriant aux allures indiennes ou pakistanaises qui me dit tout de suite en me voyant arriver « Genevive! You must be French! » Charmée par son accueil jovial, j’ai rempli les papiers qu’il me tendaient et donné mon passeport pour la photocopie habituelle tout en discutant avec lui. J’ai scruté avec attention la map de la ville qu’il me montrait en énumérant les restaurants qui valaient le détour. J’ai enregistré le plus d’information possible, suis montée à ma chambre (modeste et très confortable) puis suis tout de suite redescendue pour aller manger. J’avais faim; les petits biscuits donnés dans l’avion étaient rendus loin.
Ce soir là fut le premier de bien des fois où je me suis perdue dans les ruelles de Stone Town. Pour toute personne n’ayant peu (ou pas du tout) de sens de l’orientation, on peut avoir un plaisir fou à tenter de ressortir par la même ruelle empruntée que pour y rentrer – ce que j’ai fait dans les jours qui ont suivis. Et malheureusement, je n’y suis arrivée qu’une seule fois… Y a rien à faire, j’ai aucun sens de l’orientation. Et comme toutes les ruelles se ressemblent passablement, ma mémoire visuelle m’a trompée plus d’une fois.
Donc ce tout premier soir, après avoir marché une bonne demi-heure sans trouver le restaurant que le gentil homme avait pourtant pris soin d’encercler et de m’expliquer la direction, je décide de demander à deux femmes assises dans l’une des ruelles avec leurs enfants si elles savent, par chance, où il se trouve.
L’une d’entres elles me répond avec étonnement « You walk all this way??!! It on the other side! »
Parce qu’en réalité, le petit restaurant se situait à seulement deux coins de ruelles de mon hôtel. Je le voyais bien sur la map, mais j’avais quand même trouvé le moyen de me retrouver à l’autre bout du labyrinthe…
Elle me dit de retourner sur mes pas « Continue straight and then right » qu’elle me dit. OK. Je retourne et continue straight jusqu’à ce que la ruelle se sépare en deux. Je tourne à droite. Mais une vingtaine de pas plus loin, la ruelle se divise encore en deux. Je tourne à droite. Il fait noir dans ces ruelles le soir et la plupart ne sont éclairées que par le faisceau d’un rare lampadaire au coin de certaines intersections. Je continue et ça se redivise. Là, je suis convaincue que je tourne encore en rond et il n’y a personne dans les parages pour m’aider. Seulement quelques chats errants qui circulent en prenant soin de me contourner le plus rapidement possible. Je retourne à droite en me disant « Check ben ça, je vais retombée sur les mêmes femmes avant de trouver le resto! » Une chance, c’est pas arrivé. Mais rendu là, j’avais tellement faim, que la première enseigne que j’ai vu d’un autre restaurant, tout petit, typique et complètement vide, j’y suis rentrée pour manger.
À la fin de mon repas, je me suis fait raccompagnée par l’un des fils du propriétaire du restaurant, just in case I get lost… sté. 😊

J’ai passé trois jours à errer dans les ruelles de Stone Town, à me promener au milieu du grand marché qui bourdonnait de monde en fin de journée, à boire une petite bière tranquille à l’ombre des palmiers sur de petites terrasses et à jaser avec des africains. Ils ont tous essayé de me vendre de la marijane. Pour moi avec mon bandeau multicolore et mes cheveux long, je dois avoir l’air d’une hippie qui aime bien terminer ses soirées en fumant un peu de weed lol.
J’ai rencontré deux françaises qui revenaient du nord de l’île et qui malheureusement, s’était fait voler tout leur argent dans leur chambre alors que l’une d’entre elles dormaient à quelque pas d’où ils (ou il) étaient entrés par la fenêtre de leur bungalow qui donnait sur la mer. Ça m’a rappelé de bien fermer toutes mes fenêtres une fois que j’irai m’aventurer sur les côtes de l’île…
Chaque matin, je me réveillais au rythme de la prière islamique chantée et diffusée dans toute la ville par les nombreux haut-parleurs – à 5h30am. Parce que Zanzibar, en fait, est musulmane à 99%. Moi qui venais de Arusha et Moshi, majoritairement catholique, j’ai été surprise de voir qu’ici, c’était autrement. L’on m’a expliqué, plus tard, que la culture islamique s’était répandue depuis des siècles sur toute la côte Est africaine et non seulement au nord du continent, comme je le croyais. Donc ici, les femmes sont toutes voilées – la plupart de couleur bleu azur magnifique – et la majorité des hommes portent des toges et un kufi (petits chapeaux circulaires).


Trois jours plus tard, j’ai quitté la ville et ses ruelles interminables pour les plages du nord-est de l’île. J’avais en tête, l’idée d’aller explorer ce que les fonds marins ont à offrir ici. Pour 60,000 Tsh (environ $30 CDN), un chauffeur de taxi, fort sympathique, est venu me porter à Pwani Mchangi là où j’avais réservé pour une petite semaine. J’étais tombée sur un deal de dernière minute qui m’avait semblé incontournable sur internet. Un petit resort d’une douzaine de bungalows en bordure de mer où seul le sable régnait sous les pieds et à un prix vraiment raisonnable en comparaison de tous les autres (parce que c’est dispendieux Zanzibar). Je suis donc arrivée au Mchanga Beach Resort par un matin ensoleillé. En chemin, le chauffeur de taxi a dû demander à plusieurs personnes et à plusieurs reprises où se trouvait l’endroit, agréablement caché. Nous avions suivi la seule annonce à partir de la route principale mais une fois passé les petites routes secondaires parsemées de roches et de trous immenses, la route devenait de sable et il n’y avait que de petits villages aux maisons de briques où les enfants couraient en riant et en criant « Jambo! » Bonjour!, où les femmes s’afféraient à laver le linge ou cuisiner et où les hommes se reposaient à l’ombre des maisons.
Mon chauffeur (probablement épuisé de tourner en rond) a fini par s’arrêter en prenant soin de me dire « It’s better if you don’t get out here.» Je ne sais pas ce qu’il sous-entendait par cette affirmation. Il m’est d’ailleurs arrivé plusieurs fois en Afrique de me faire dire que tel coin était dangereux alors que je m’y étais promenée plusieurs fois et n’y avait rencontré que des gens tout à fait aimables. Je ne comprends pas ce qu’ils cultivent… Bref, tannée d’être cloîtrée dans la voiture, je suis sortie (évidemment). En l’espace d’une seule minute, une vingtaine d’enfants s’est regroupés autour et me touchaient les cheveux, me prenaient les mains (ça m’a rappelé le Vietnam et les petits coins que j’avais visiter avec ma mère où ils avaient rarement vu des blancs). Ils souriaient en me regardant, me pinçaient les poils blonds des bras en riant et me parlaient sans que je ne puisse comprendre un mot.
Je porte beaucoup de bracelets (en voyage) et j’ai perdu la majorité de ceux que je portais ce jour-là au profit du bonheur de jeunes filles qui se les passaient aux poignets avec un sourire grand comme la terre. Priceless.
Mon chauffeur est revenu, nous sommes reparti et avons fini par trouver le tout petit resort, à la toute fin d’une petite route de sable après l’un de ces villages. C’était beau et paisiblement tranquille comme endroit. Tout était blanc : l’entrée, discrète, décorée de bougainvilliers fuchsias qui se répandaient partout, la réception, les bungalows, tout. Le sable régnait effectivement partout et à mon plus grand plaisir, je n’ai plus rien porté à mes pieds pour la durée de mon séjour. La plage était magnifique. Le sable blanc fin s’étendait sur des kilomètres. L’on voyait des kites partout au large. J’ai appris, plus tard, que Zanzibar est un paradis pour les kites surfeurs et on comprend pourquoi : de décembre à février, le vent règne en roi et souffle constamment sur des eaux turquoise. En fin d’après-midi, à l’heure du low tide, alors que la mer se rétracte très loin, des femmes et des enfants se promènent avec des sceaux de plastique pour recueillir de petits crustacés qui seraient demeurés sur le sable. Des hommes circulent lentement en bicyclette sur la surface durcit par la mer. Des Masaïs marchent à l’aide de leur grand bâton, tranquillement, en jasant.

Cet endroit fut pour moi, un petit éden paradisiaque. Mais il faut dire que j’aime la tranquillité. Ce resort ne conviendrait pas à tout le monde puisqu’il n’y a absolument rien autour (mis-à-part les petits villages typiques où j’ai adoré m’y promener et dont je recommande fortement à toute personne voulant s’imprégner de s’y aventurer).

Francesco, un charmant italien, est venu me chercher le lendemain matin pour mes premières plongées en Tanzanie et nous sommes montés à bord d’un bateau en bois, typique d’ici, avec une grande voile.

Mon plus charmant bateau de plongée jusqu’à maintenant! Seulement trois autres personnes étaient à bord; une autre femme qui venait de terminer son OWD et un charmant couple allemand dont l’un était biologiste, fort intéressant et qui – ma foi – parlait sans arrêt! Ces plongées ont été, par contre, les plus dispendieuses que j’ai fait jusqu’à maintenant! $110 US pour deux tanks… Ça fait vite un trou dans un budget à ce prix-là.
Mais je dois avouer que les fonds marins près de Memba island où nous sommes allés, valaient le coup. Bien qu’il n’y ait pas de gros poissons si je compare avec les îles Andaman – mis à part un white tip shark aperçu deux fois du côté du bleu immense – on y croise une diversité impressionnante. Des tortues, des pieuvres, de nombreux trigger fishs, des lion fishs, des rock fishs, des blue spot sting rays, des murènes, des bubble fishs et une multitude d’autres. Les coraux, moins colorés que ceux que l’on retrouve à Roatan (par exemple), offre une vie abondante et chaque plongée recèle une multitude de possibilités. Nous avons même eu la chance d’être suivi par un groupe de dauphins qui sont venus s’amuser près de nous un court instant.

Photo credit: Andrea Casadei
Je me suis donc prélassée au soleil et en bateau, en bonne compagnie, pendant quelques jours dans ce coin merveilleusement tranquille de Zanzibar. Puis, un beau matin, Tim me fit signe depuis Arusha en m’apprenant qu’à l’école gouvernementale de son quartier où il fait du volunteering, ils cherchaient un professeur d’anglais. Et donc, si j’étais intéressée, ils m’attendaient. Ayant fait mon cours de TESOL dès mon retour d’Asie il y a des années et n’ayant jamais pratiquer mon certificat outre-mer, j’ai pris une décision : je retournerai à Arusha pour y enseigner quelques temps.
J’ai donc quitté (en partie à grand regret) Zanzibar, ses magnifiques plages, sa mer, la bonne compagnie et la tranquillité d’esprit pour retourner où j’avais initialement mis les pieds en Afrique. Là où, Tim m’écrivait (trop tard puisque j’étais déjà à l’aéroport!), il commençait à faire plutôt froid et où la pluie faisait rage depuis quelques jours…


Ces petits lionceaux sont tellement adorables qu’on a envie de s’étendre dans l’herbe et jouer avec eux!

Il y avait un arbre pas très loin qu’elle a soudainement décidé de grimper, à notre grand plaisir. Elle y est demeurée une bonne vingtaine de minutes avant de redescendre. J’attendais chacun de ses gestes gracieux avec ma lentille. Elle était d’une élégance étrangement intimidante et fascinante à la fois.


Je me suis prise d’affection avec un en particulier, tout petit et vraiment curieux. Assise au sol pendant l’un de nos piqueniques, il s’approchait, me regardait, reculait, disparaissait. Puis il revenait en sautillant sur ses petites pattes et s’aventuraient encore plus près avant de rebrousser chemin. Adorable.
D’autres m’ont impressionné par leur habileté, comme à faire un nid au milieu de branches aux épines tellement imposantes qu’on a l’impression qu’elles transperceraient n’importe quoi ce qui s’y frotterait. Clever pour se protéger des serpents et de d’autres prédateurs.
Elle est restée à proximité, sans bouger, autre que sa tête pour la tourner dans notre direction. Avec les premiers rayons de soleil qui transperçaient le ciel et l’éclairait et la petite couche de brouillard qui s’étendait encore au sol à travers les arbres, ça m’a fait penser (drôlement) à une histoire fantastique. Comme si je m’attendais à ce qu’une licorne apparaisse quelque part… lol
Nous avons dormi deux nuits au 


Ça, c’était définitivement le plus grand moment et le plus inoubliable de mon incroyable safari au Serengeti. 😊

Suivant cette circoncision, qui prendra des mois à guérir, ces jeunes se font peindre le visage de traits de couleur blanche pour signifier leur passage à la vie adulte et sont envoyés dans la jungle pour cicatriser… Étant des femmes, ni Karina, Stani ou moi-même pouvions se représenter la douleur ni la teneur de cette expérience obligatoire pour chacun des Masaïs. Sam, par contre, comprenait très bien et son visage se contorsionnait au fur et à mesure que notre guide nous expliquait la procédure…