Ce que j’ai appris de la culture Masaï

Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu’y circule librement la brise que m’apportent les cultures de tous les pays.

Mahatma Ghandi

 

 

Ma première journée de safari, bien qu’elle ait été agréable (mais sans plus), ne m’a pas particulièrement émue et comme ma plume et moi-même préférons ce qui nous émeut, je commence tout de suite avec ma 2e journée. 😊

Donc, nous sommes partis tôt le matin de notre 2e journée vers le village Masaï. Juché sur une plaine presqu’à perte de vue, de petites huttes ovales aux toits de pailles composaient, ici et là, le paysage.  Il devait y avoir une quinzaine de huttes à proximité, puis d’autres plus éparses, beaucoup plus loin en bordure de montagnes.

À notre arrivée, un Masaï s’est présenté; il allait être notre guide. Âgé de 22 ans, Jibwalu est l’un des seuls de son village à fréquenter l’université. Dans certaines tribus, 1 ou 2 Masaïs sont de nos jours promus à l’avenir qu’ils souhaitent dans le domaine qui les attisent.

Jibwalu nous a gentiment invité dans l’une des huttes, construites en entrecroisant des branchages puis en les recouvrant de bouse de vache (oui, oui!) et de boue. Ce sont les femmes qui les construisent et ces maisons leur appartiennent entièrement.

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Un tout petit trou dans la paroi près de l’entrée sert de fenêtre. Il fait noir à l’intérieur, même en plein jour. Nous avons pris place sur de petites planches de bois encerclant les pierres déposées au centre de la pièce pour y faire un feu. Même si au moment de notre visite, aucune flamme ne brûlait, l’air était opaque à l’intérieur et quelque peu étouffant. Deux lits, fabriqués à partir de brindilles et recouverts de peaux de vache, composaient le reste de la petite hutte. Dans la pénombre de cette minuscule maison où aucun de nous (de par nos standards occidentaux) ne pouvait s’imaginer vivre, Jibwalu nous a raconté son peuple…

Les Masaïs sont polygames et un homme peut avoir plusieurs femmes, tout dépendent du nombre de vaches que celui-ci possède. Les femmes sont donc échangées contre ces vaches en guise de paiement (au père de celle-ci) et ce, avant même que certaines ne viennent au monde. De son côté, la femme peut avoir plusieurs amants. Lorsque, pour quelque raison que ce soit, son mari quitte le village, un autre peut passer la nuit avec elle. Il n’a qu’à déposer sa lance devant l’entrée de la hutte. De cette façon, si le mari revient au courant de la nuit, il saura que sa femme est en compagnie d’un autre et se rendra lui-même dans une autre hutte pour y passer la nuit.

Le passage de l’adolescence à la vie adulte d’un homme Masaï est une étape importante et se réalise par une méthode qui , à nos yeux, est tout simplement impensable. Entre l’âge de 12 à 15 ans (si je me souviens bien), tous les jeunes garçons se font faire une circoncision, effectuée à froid, sans aucune anesthésie. Et ils devront le faire sans laisser passer l’ombre d’une émotion sur leur jeune visage… Le contraire sera perçu comme un échec et celui qui aura pleuré, voire même simplement chigné, n’obtiendra aucune vache en récompense et lorsqu’un tel cas se présente, Jibwalu nous expliqua que ces jeunes quittaient généralement leur propre tribu pour en choisir une autre, là où l’écho de leur échec ne se sera pas rendu.

IMG_3502.jpg Suivant cette circoncision, qui prendra des mois à guérir, ces jeunes se font peindre le visage de traits de couleur blanche pour signifier leur passage à la vie adulte et sont envoyés dans la jungle pour cicatriser… Étant des femmes, ni Karina, Stani ou moi-même pouvions se représenter la douleur ni la teneur de cette expérience obligatoire pour chacun des Masaïs. Sam, par contre, comprenait très bien et son visage se contorsionnait au fur et à mesure que notre guide nous expliquait la procédure…

Assis dans la pénombre de cette hutte au beau milieu d’une plaine africaine, nous buvions les paroles de notre guide. La différence (colossale), l’exotisme et le choc entre nos cultures étaient ahurissants. Jusqu’à leur alimentation qui repose principalement sur le sang de leurs chèvres, desquelles ils auront pris soin de transpercer la jugulaire sans pour autant les tuer pour mélanger ce sang avec la traite de lait de leurs vaches et boire ce nectar quotidiennement. J’étais vraiment contente que cette dégustation ne fasse pas partie de notre visite; je ne pense pas avoir été capable de boire un tel nectar!

Je ne voyais pratiquement pas les traits sur le visage de mes comparses, mais j’imaginais fort bien leurs yeux écarquillés, leur bouche entrouverte et une multitude de questions qui se pressaient sur le bout de leurs lèvres. Notre guide a poliment et très patiemment répondu à toutes nos questions, fort nombreuses. Apparemment, la plupart des gens ne restaient qu’une vingtaine de minutes dans cette hutte alors que nous y sommes restés près d’une heure, complètement fascinés tous les quatre.

Amusé, Jibwalu nous a même raconté qu’une Danoise s’était mariée avec un Masaï de ce village. Alors là, c’était la totale pour Karina!

« She lives here??!!! »

« Yes. »

« In a house like this one??!!! »

« Yes. »

« Did she build it??!!! »

« The house? Of course. »

« Is she jealous??!!! »

(Petit rire de Jibwalu ici)

« No. You cannot be jealous and be a Masaï…»

« Did he buy her with cows??!!!! »

« When you marry a mzungu a Masaï gets cows. »

Silence dans la hutte. On était tous entrain de peser le poids de cette révélation. Une danoise était venue visiter le village, comme nous aujourd’hui, était tombée amoureuse d’un Masaï puis avait décidé de son libre choix, de délaisser sa culture et sa vie telle qu’elle l’avait vécue pour venir vivre sous ce toit composé de (disons-le) merde de vache et de boue.

« How many cows are we worth??!!! »

« Fifteen. »

Nouveau silence. Wow. En tant qu’étrangère, tu vaux près de deux fois plus de vaches qu’une femme Masaï. Moi j’ai trouvé ça complètement injuste pour ces femmes-là, la plupart magnifiques dans leur robes, appareillées de leur collier coloré et de leurs boucles d’oreilles immenses alors que nous on arrive en pantalon lululemon trois-quarts et t-shirt imprimé en 10 million de copies.

Et elle en plus, son mari, elle l’a même pas choisi.

Quand nous sommes sortis de la hutte, alors que nos yeux se réhabituaient à la clarté du jour, le village entier, ou presque, avait formé une ligne devant nous. J’ai senti une main me presser doucement le bras. C’était une femme Masaï. Elle tenait dans ses bras des tissus propre à leur accoutrement: des carrelés bleus, rouges, noirs. Je me suis penchée pour qu’elle puisse glisser la robe par-dessus ma tête. Une autre s’est approchée pour me passer l’un de leurs énormes colliers autour du cou. On était cute à voir dans nos tenues Masaï: un indien montréalais tout petit, deux russes dont l’une aux cheveux blond comme le blé du haut de ses six pieds, une autre brunette aux yeux pers et moi, petite blonde canadienne aux yeux bleus.

Masai Village Moi 4

Ils se sont ensuite mis à chanter fort en se tenant tous par la main; les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Nous avons ensuite dansé leur danse traditionnelle, qui consiste en fait à sauter sur place et le plus haut possible et ensuite à se pencher vers l’avant, vers les autres qui s’étaient regroupés pour former un cercle en laissant échapper des cris et des sons gutturaux. On était vraiment chic à voir dans notre maladresse et notre gêne qui se lisait sur nos visages.

Notre guide a filmé le tout mais je tiens solennellement à garder ce vidéo uniquement pour des fins de soirées entres amis quand ils voudront bien se payer ma tête! Martine, tu seras la première à pouvoir te plier en deux, promis! 😊

Nous sommes remontés dans le 4×4 avec Ahmed peu de temps après notre danse. Nous nous sommes tous les quatre retournés pour voir le village Masaï disparaître derrière nous, la tête pleine d’une culture tellement différente de la nôtre.

Dans le silence qui nous emportait vers le Serengeti, j’étais vraiment contente d’être avec ces trois-là. Nous venions de passer près de trois heures avec une culture qui s’entrechoquait tellement avec les nôtres sur plusieurs points. Et aucun d’eux n’avaient jugés. C’était précieux. Parce que malheureusement, pour bien des gens, il est si facile de juger plutôt que d’essayer de comprendre. Et à mon humble avis, ce n’est pas parce que c’est totalement différent de ce que tu es habitué toi, de vivre, que ça te donne le droit de juger ou encore pire, de diminuer les us et coutumes d’un peuple simplement parce qu’il est différent du tien…

2 thoughts on “Ce que j’ai appris de la culture Masaï

  1. “Le relativisme est une doctrine ou un mouvement de pensée qui affirme qu’il n’existe pas de vérité absolue. Il se décline dans les différents domaines de la connaissance humaine : philosophie, épistémologie, connaissance, logique, sociologie, culture, morale.”
    C’est le plus beau cadeau que l’on rapporte des voyages, et combien précieux, si on prend le soin de l’entretenir à notre retour dans notre vie dite civilisée.
    Je t’embrasse, bonne continuation.

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